Résumé Religion de la Chine traditionnelle
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« CHINE »
Religions de la Chine traditionnelle
Cet article est un résumé des articles parus sur le sujet dans les bulletins Chine diffusés par e-mail.
La religion populaire Chinoise est un syncrétisme : taoïsme (vie, santé, bien-être) + confucianisme (famille, lignage, civisme) + bouddhisme (mort et au-delà). Elle fut associée à la longue période d’épanouissement de l’ancienne Chine, puis vint la décadence que rencontra Teilhard et qu’il stigmatisa sans indulgence. Sans tête, dogme et institution clairement identifiable elle n’est de ce fait pas reconnue et marginalisée aujourd’hui. Les composantes de cette religion apparaissent dès le 6ième a.c, en Chine avec Lao-tseu et Confucius, et en Inde avec Bouddha, tous trois contemporains de Socrate. Le bouddhisme dut se transformer pour s’installer, laborieusement, en Chine (10 siècles).
Le taoïsme
Le taoïsme est une religion de la nature. Loin de la ville et des milieux du pouvoir dont est sorti le confucianisme, il émerge au 4ième a.c du sein des populations paysannes sur des restes d’animisme et de chamanisme. La vie n’est-elle pas au cœur de tout ce qui bouge et change de forme suggère l’instinct vitaliste populaire ? Ces formes -les "10.000 êtres"- sont les animaux, les végétaux mais aussi les fleuves, les montagnes, les constellations etc., qui apparaissent, évoluent et s’évanouissent dans l’UN. Il n’y a donc qu’une Vie (une énergie), celle de l’Univers, et donc pas à proprement parler de vraie naissance ou de vraie mort ; sans nier pour autant la réalité singulière et les vertus des « êtres » pendant leur existence, mais sans perdre de vue que leur vie n’a de sens que comme participation à l’unique VIE du monde, au sein duquel ils se relient organiquement et harmonieusement ("l’être participé" ?).
Prenons l’exemple d’un champignon apparut un matin et déjà flétri à la fin de la journée. Il n’y a plus trace de lui quelques jours plus tard sur la terre dont il est sorti. Pourtant ce champignon a bien été. Il est donc en latence dans la Terre. En elle réside donc « les essences » dans lesquelles cette forme de vie a été modelée. Il en va de même pour tous les êtres qui constituent l’univers. Les essences sont donc l’étoffe dont tout l’univers est tissé (« Esprit/matière » ?).
Mais sous quelle impulsion ces « essences » ont-elles émergé et pris forme ? C’est là qu’interviennent la triade des « souffles » : Yin, Yang et Vide-Médian. Yin-Yang comme la bipolarité dialectique : activité - passivité (ou masculin-féminin, ou ciel-Terre etc.) – toujours liée au Vide-Médian qui les oriente spécifiquement dans chaque être et conditionne son évolution. En découle la problématique de l’homme et l’orientation juste de sa vie.
Le confucianisme
Il émerge comme une sagesse du sein des milieux fonctionnaires lettrés (mandarins …) préoccupés des grandes questions de sociétés que posaient les siècles troublés « des royaumes combattants » en quête d’unité. Conçu dans une Chine taoïste marquée par le sens du sacré, il vise une société idéalisée bâtie sur la morale individuelle et des pratiques religieuses, mais aussi magiques car dans la pensée traditionnelle chinoise, l’art du bon gouvernement était lié étroitement à l’harmonie cosmique : la stricte observance des rituels saisonniers protégeait les agriculteurs des calamités naturelles, et le souverain du retrait de son mandat céleste. Cette conception, dans laquelle le respect de la nature et de ses cycles se confondait avec le respect de l’homme fait partie de la philosophie taoïste en y ajoutant des principes de bonne ‘gouvernance’ et d’éthique sociale. L’ordre politique et social était en effet au cœur des préoccupations de Confucius, conscient du rôle complémentaire des princes et des intellectuels. Sa doctrine est rassemblée sous forme d’aphorismes dans les Entretiens familiers.
Le confucianisme développera une réflexion approfondie sur les valeurs, en commençant par la famille, pour embrasser progressivement tous les niveaux de la société et toutes les activités collectives jusqu’à celles du prince et de la guerre. Elle codifiera et sacralisera les hiérarchies sociales et familiales et développera un culte pour les grands hommes. Dans la pratique elle conduira à l’expression très ritualisée du respect dû aux parents et aux ancêtres comme à toutes les autres formes de rapports sociaux. Ainsi progressivement avec le développement du culte populaire des ancêtres le confucianisme deviendra une quasi-religion favorisée par l’Etat. Ses livres canoniques seront au programme des concours du mandarinat (les grands fonctionnaires) ouverts à tous et par cela rêve d’ascension pour toutes les familles et puissant facteur de cohésion sociale.
Le bouddhisme chinois
En contrepoint à l’optimisme chrétien centré sur l’amour et le personnel que dit le réalisme bouddhique centré sur l’impersonnel ? Que « tout est souffrance ! » Que la source en est en nous dans l’excès des attachements de l’ego. Alors quel salut ? Celui de la ‘libération’ par le détachement. Comment ? par la distanciation jusqu’à la hauteur libérante (nirvana) de la « vacuité » (faire le vide en soi). Cette « vacuité » étant celle du silence de l’écoute et de l’accueil d’une Connaissance qui envahit dans l’Instant le méditant (l’indicible vérité mystique de l’Eveil : bouddha). Mais Vacuité qui ne s’obtient qu’au prix d’une discipline méditative exigeante qui fonde la pratique bouddhiste. Connaissance où l’ego comme tout événement, apparaît dans sa juste et très modeste condition de conjonction éphémère dans l’enchaînement infini des causes et des effets (je n’est pas, rien est à moi, je n’existe pas ), au regard de l’ineffable expérience de fusion dans l’unité du Grand Tout. Mais fusion ou se vit aussi une profonde compassion pour les brisures de cette Unité, source individuelle et collective des souffrances. C’est pourquoi la compassion et la bonté sont devenues les valeurs suprêmes du bouddhisme, surtout chinois (bouddhisme ‘Chan’ et bouddhisme ‘de la Terre pure’).
Apparemment en opposition avec le christianisme par son regard plutôt pessimiste sur la vie et son rapport impersonnel avec la réalité absolue, il le rejoint sur le primat de l’esprit, le sens de l’universel et du cosmique, de l’interdépendance et de la solidarité de la vie, tous points qui valorisent la compassion, le détachement, l’humilité et l’esprit de pauvreté au profit d’un absolu plus grand que soi. Radical dans sa pratique il se veut une thérapie de libération énergique de cet enfermement mortifère de l’ego sur lui-même par sa déconstruction méthodique au moyen d’exercices spirituels (non sans risques) pour parvenir à la vacuité libératrice. Objectif difficile ! C’est pourquoi le lieu idéal de cet exercice est le monastère. Il est par excellence le conservatoire, le lieu d’expérimentation, de perfectionnement, d’enseignement et de diffusion de la pratique.
Deux grandes voies ont été développées :
- Celle d’abord du "petit véhicule" d’un salut individualiste accessible seulement au prix d’une vie monastique exigeante. Voie élitiste (janséniste ?) car le véhicule du passage sur la rive de la ‘libération’ ne convient qu’à un petit nombre. Il subsiste à Ceylan, en Birmanie, en Thaïlande et au Cambodge.
- Celle postérieure du "grand véhicule" du salut pour tous, centré sur la compassion solidaire. C’est de loin le plus répandu. La Chine en est l’héritière et l’a repensé sous deux aspects principaux :
- Le bouddhisme Chan des monastères (le zen des Japonais) d’un salut solidaire pour tous par l’intercession des bodhisattvas (les saints). Bouddhisme souriant, porté sur les œuvres concrètes de l’esprit (peinture, poésie etc.), valorisant le travail pour les moines (façon bénédictine) etc..
- Le bouddhisme populaire de la Terre pure, bouddhisme de la grâce et de la foi dans une nouvelle naissance libératoire promise à tous par le très vénéré ‘bodhisattva’ Amitabha, plus l’intercession des bodhisattvas (saints) et surtout de Guanine (la madone chinoise de toutes les causes difficiles).
Conclusion
Comme dans toutes les religions d’Extrême Orient, on est ici dans un monisme : l’Univers est tout, donc éternel et incréé. Mais l’esprit (le souffle) est un primat et l’apparence du monde n’est pas une ‘maya’ comme en Inde (une illusion sans importance). La personne existe, et est reconnue comme telle dans ses relations organiques avec tous les êtres du monde.
Sans faire de la personne un en-soi absolutisé comme dans le cas du modèle occidental, le modèle chinois, matricé surtout par le taoïsme et le confucianisme, partage avec le modèle occidental le primat de l’esprit et de la relation organique et responsable de la personne à un monde concret.
Contre toute attente, en accompagnement du réveil religieux qui se manifeste en Chine comme partout sur la planète, la République Populaire opère un spectaculaire retour à ses traditions ancestrales auparavant taxées de « superstitions» et interdites. Elles bénéficient aujourd’hui d’une relative liberté d’expression en attendant peut–être une nouvelle synthèse vers une spiritualité moderne tournée vers l’avenir.
Ch. Méraud
Mis à jour (Vendredi, 15 Janvier 2010 16:19)


